Ilot Chalon : du ghetto à aujourd’hui

Beaucoup de gens ne connaissent pas l’histoire de ce quartier et c’est un tieks qui est très souvent oublié lorsque l’on parle des tiékarts sensibles de Paname. Pour cause, les 6T ont commencé à « crack-er » pour la grande majorité dans les années 1990, tandis que l’Ilot Chalon est parti en vrille fin des années 1970, début des années 80. Ce décalage avec le reste des quartiers sensibles de la région parisienne l’a condamné aux oubliettes. C’est la raison pour laquelle, je lui accorde une place d’honneur à travers cet article.

L’Ilot Chalon, que l’on pourrait qualifié de « Bronx parisien », a été un quartier très malfammé dans les années 80’s, un lieu où se mêlait drogue dure, violence, prostitution et règlements de compte. On va jusqu’à parler d’une agression toutes les 10 minutes!

Pour un quartier en plein Paris, à quelques encablures de la Gare de Lyon, c’était intolérable. Mais c’est seulement à partir de 1984, suite à 2 meurtres survenus dans le quartier qui ont choqué l’opinion publique, que le gouvernement envisage de détruire ce quartier insalubre et gangréné pour totalement le repenser et le réhabiliter, cela va même jusqu’à changer le nom du quartier pour faire table rase.

Aujourd’hui, l’Ilot Chalon n’a plus rien à voir ! A la place des immeubles insalubres des années 80 ont poussé des immeubles HLM au look futuriste de couleurs bleu et orange.

Destruction de bâtiments (700 petits logements détruits), réhabilitation de certains immeubles, création d’un jardin et implantation d’un commissariat.

Date des destructions : 1984

L’histoire de l’Ilot Chalon

L’îlot Chalon était un quartier d’environ 7 hectares situé dans le 12e arrondissement, délimité par la rue de Chalon, l’avenue Daumesnil, le boulevard Diderot et la rue de Rambouillet, à proximité de la gare de Lyon. L’îlot est devenu connu au cours des années 1980 à cause du trafic et de la consommation de drogue qui avaient lieu dans ses rues. Aujourd’hui, le quartier a été rénové, et il ne porte plus son ancienne dénomination.

À la fin des années 1970 ont surgi les premiers squats dans des bâtiments désaffectés de la SNCF. Au tournant des années 1980, le trafic de haschich marocain a été remplacé par des drogues plus dures, et pendant les années suivantes la dégradation du quartier s’est accentuée. En mai 1984, l’opinion publique avait été choquée par les deux meurtres liés à la drogue survenus dans l’îlot. Ces événements ont été vécus comme un traumatisme par les habitants du quartier, qui avaient vu l’attention des médias sur leur environnement de vie s’intensifier.

La Ville de Paris avait déjà décidé la rénovation du quartier en 1980, mais c’est seulement à partir de 1984 que l’aménagement a été confié à société d’économie mixte Semea-Chalon, devenue la Semaest. La rénovation consistait principalement en la démolition de bâtiments (700 petits logements), la conservation et réhabilitation de certains immeubles, la création de nouveaux logements et d’un jardin, et l’implantation du commissariat du XIIe.

Ce projet fut rejeté par une majorité d’habitants, qui accusèrent certaines autorités publiques de laisser pourrir le quartier, pour faire fuir les habitants et préparer ainsi la rénovation urbaine.

Cette rénovation aurait conduit au déplacement des populations marginalisées vers le nord-est de Paris, et à un déplacement du trafic de drogue de l’espace privé (squats) vers l’espace public dans le quartier. La présence de consommateurs de drogue dans la rue à ce moment-là avait fait l’objet d’une forte mobilisation policière.

La rénovation réalisée dans les années 1980 et 1990 a entrainé le déplacement et la mise en souterrain de la rue de Chalon, la création de la Place Henri-Frenay devant un hall de la gare de Lyon, des rues Chrétien-de-Troyes et Roland-Barthes et du petit square Philippe-Farine. Le tracé historique de la rue Jean-Bouton, des passages Raguinot et Gatbois a été maintenu ainsi que les immeubles à l’extrémité de ces passages donnant sur l’avenue Daumesnil.

Qualifié dans les médias de « cancer urbain de la drogue », comparé par Paris Match à Cholon, le quartier chinois de Saigon réputé pour son marché de l’opium et ses « ruelles lépreuses » désertées par la police, nommé le « Lower East Side » parisien par Libération, cette cour des miracles contemporaine a frappé les consciences avec ses images de saleté, de violence et de mort : trafic et shoots collectifs au « brown sugar » en pleine rue, violences (on va jusqu’à parler d’une agression toutes les dix minutes) et prostitution se manifestent en plein jour dans les passages Brunoy, Gatbois ou encore Raguinot, tandis que les entrepôts abandonnés servent de refuges pour des centaines d’immigrés clandestins et de lieu de stockage de stupéfiants et que les vieux habitants du quartier, terrorisés et cloîtrés dans leurs appartements, doivent enjamber chaque jour les toxicomanes dans le hall de leur immeuble délabré.

Une friche urbaine, un quartier pauvre et pluriethnique
Bien avant d’être désigné au début des années 1980 par les élus du 12e comme une « honte pour Paris et pour l’arrondissement », l’îlot Chalon était déjà considéré depuis le début du siècle comme un îlot d’insalubrité à rénover impérativement. Comme son nom l’indique, ce bout de quartier de 9 hectares, né en 1847 avec la gare et aujourd’hui détruit, était enclavé entre les chemins de fer, l’avenue Daumesnil et les rues de Rambouillet et Chalon.

L’îlot Chalon était aussi un quartier d’immigration, nourri pendant plus d’un siècle par plusieurs vagues différentes : de « quartier italien » à la fin du XIXe siècle, l’îlot devint pendant l’entre-deux-guerres le premier « quartier chinois » de Paris, réputé pour ses salles de ma-jong et aussi quelques petites fumeries d’opium clandestines. Par la suite, des Maghrébins vinrent s’installer et prendre, comme les autres, la relève des petits commerces (épiceries, restaurants, cafés et dépôt d’artisanat destinés au commerce ambulant), qui animaient les rues de Chalon et Hector-Malot. Enfin, à la fin des années 1960, l’îlot Chalon commença à se métamorphoser en « quartier africain » avec une importante immigration de Sénégalais qui occupèrent des hôtels meublés et se spécialisèrent dans le colportage d’objets d’art et de pacotille.

En 1982, à l’époque où se manifestent les problèmes de drogue, l’îlot Chalon est la zone de Paris où se concentre le plus d’étrangers : leur part est passée de 14,5% en 1958 (« Musulmans » d’Algérie compris) à 75,3% en 1982, pour une population de 5000 habitants (33,3% de Sénégalais, 13,1% d’Algériens, 7,3% de Tunisiens, 6% de Vietnamiens, 5,9% de Marocains, 5,1% de Chinois, 2,5% de Maliens, 2,5% de Yougoslaves, 1% d’Espagnols, et 2,3% d’autres nationalités). Mais aux premiers commerçants sénégalais qui se sont insérés sans mal dans les sociabilités et les activités commerciales semi-légales semi-clandestines du quartier, se sont ajoutés au cours de la décennie 1970 de nouveaux immigrés africains, ouvriers ou chômeurs, réguliers ou clandestins à la recherche d’un logement bon marché. L’opération de régularisation exceptionnelle des sans-papiers effectuée par les socialistes au pouvoir en 1982 a permis de recenser officiellement 900 Africains, mais leur nombre est sans doute plus proche de 1500. (Dussolier C. L’îlot Chalon, histoire d’une rénovation : ses acteurs, ses enjeux, mémoire de maîtrise de géographie, Paris VII, 1982, publié en 1983 par le comité de défense des habitants de l’îlot Chalon).

L’îlot fut longtemps un quartier populaire, cosmopolite et pittoresque apprécié de ses habitants et même des Parisiens, sa dégradation sur le long terme (qui a pu donner naissance à l’économie informelle et lucrative de la drogue) est le fruit de la négligence de bon nombre d’acteurs.

L’Ilot Chalon, le ghetto parisien des années 1980

Îlot Chalon (12ème), des policiers qui font leur ronde passage Brunoy – Crédits : Francis Campiglia (via VICE)
Îlot Chalon (12ème), passage Brunoy – Crédits : Francis Campiglia (via VICE)
Îlot Chalon (12ème) – Crédits : Francis Campiglia (via VICE)
Îlot Chalon (12ème), trafic nocturne – Crédits : Francis Campiglia (via VICE)
Îlot Chalon (12ème) – Crédits : Francis Campiglia (via VICE)
Îlot Chalon (12ème) – Crédits : Francis Campiglia (via VICE)

L’Ilot Chalon de nos jours

Ilot Chalon (12ème) – Crédits : citessensiblesdeparis
Ilot Chalon (12ème) – Crédits : citessensiblesdeparis
Ilot Chalon (12ème) – Crédits : citessensiblesdeparis
Ilot Chalon (12ème) – Crédits : citessensiblesdeparis
Place Henri-Frenay (12ème) – Crédits : citessensiblesdeparis

Pour en savoir plus sur l’îlot Chalon :

https://vih.org/20130415/lilot-chalon-le-ghetto-parisien-de-la-drogue-du-debut-des-annees-1980/

https://www.vice.com/fr/article/dpmb7z/l-histoire-de-llot-chalon-le-bronx-en-plein-coeur-de-paris

Un avis sur « Ilot Chalon : du ghetto à aujourd’hui »

  1. petite précision pour Chalon

    aujourd’hui ça a certes plus rien à voir avec l’ancien quartier mais c’est loin d’être une petite zone mignonne y’a tjrs pas mal de problèmes de drogues dure surtout sur la place Henri Frenay, et ta aussi des mecs de là-bas qui traînent sois à Chalon sois à l’épice de la place Henri Frenay la journée y’a bcp de touristes et de policiers mais le soir tu croises pas mal de tête là-bas

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