Les 8 degrés d’une émeute
Lucienne Bui-Trong a donné son nom au premier outil de connaissance et d’évaluation des violences urbaines mis en place en 1991 : l’échelle Bui-Trong.
Lucienne Bui-Trong a défini, pour mieux saisir l’importance de la délinquance dans les quartiers, une échelle de 1 à 8 qui permet de mieux prévoir les explosions et émeutes éventuelles. Elle attribue donc une note à chaque quartier pour mieux le jauger. On verra que des effets de cliquets entraînent quasi systématiquement les quartiers vers le degré 4, celui où les représentants de l’ordre républicain commencent à être la cible de jets de pierre.

1er degré : Vandalisme et délinquance en bande
Ce premier degré comprend les dégradations volontaires, les intimidations devant les caissières, les vols devant les commerçants. Ces actes sont commis par des groupes d’individus liés par l’échec scolaire ou familial. Ils peuvent aller jusqu’au vol de voiture donnant ensuite lieu à un rodéo puis à la mise à feu de la voiture. Ce degré comprend aussi les bagarres et règlements de comptes entre bandes rivales.
2ème degré : attaques furtives, verbales ou gestuelles contre l’autorité.
Ici les commerçants, les adultes du voisinages, les chauffeurs de bus, les facteurs, les pompiers, les enseignants et les policiers deviennent les cibles d’injures verbales et gestuelles, de crachats. L’école, les voitures des enseignants, les commissariats peuvent être attaqués.
3ème degré : agressions physiques contre les représentants de l’autorité
Agression sur des porteurs d’uniformes (contrôleurs, militaires, pompiers, vigiles), professeurs, chauffeurs de bus, travailleurs sociaux…
4ème degré : attroupements et caillassage à l’encontre de la police.
On passe ici « un palier » précise Lucienne Bui-Trong puisque des jeunes se regroupent pour affronter l’autorité policière. « La chasse aux dealers » tient de ce degré puisque la population se substitue à la police pour se faire justice elle-même.
5ème degré : agression physique contre les policiers.
Des dizaines d’individus envahissent le commissariat à main nue. On voit apparaître des zones de repli pour les malfaiteurs et de deal à ciel ouvert.
6ème degré : aggravation des agressions physiques et « jeux » meurtriers.
Des policiers sont blessés délibérément : le commissariat est attaqué, alors que le personnel y est présent, par jets de pierres et de cocktails Molotov. Les attaques prennent des allures de guérillas urbaines. Les jeunes organisent des guet-apens et des manoeuvres concertées pour s’attaquer à la police.
7ème degré : la mini-émeute
Escalade rapide et spectaculaire de la violence (saccage systématique de vitrines et de voitures, incendies, jets de cocktails Molotov en grand nombre), mais brève et sans lendemain. L’arrivée des renforts policiers suffira à y mettre fin.
8ème degré : l’émeute
On voit se rallier de nombreuses autres personnes, habituellement non impliquées dans la délinquance, qui peuvent se livrer au pillage des magasins. Ce degré implique souvent durée et répétition et imprime des marques profondes dans le quartier : deux ou trois nuits consécutives, les mêmes incidents se renouvellent, présentant dès lors un caractère concerté et organisé, ressemblant à la guérilla urbaine.
Lucienne Bui-Trong, ancienne commissaire des RG (Renseignements Généraux), aujourd’hui à la retraite.
Les émeutes dans le 75
Dans le 75, y a rarement des émeutes. Le seul tiékart où c’est récurrent c’est Barbès / Goutte d’or dans le 18ème. Là-bas ça part en émeute (niveau 8) ou mini émeute (niveau 7) à la moindre interpellation musclée ou bien dès qu’il y a une bavure policière. C’est déjà arrivé à plusieurs reprises, c’est même assez fréquent. Je pense que c’est dans l’ADN du tieks, car c’est là-bas qu’il y a eu la toute première émeute de France en 1955.
En dehors de Besbar, y a déjà eu des émeutes à Danube (19ème), à la Grange aux Belles (10ème), à la Banane (20ème), à Riquet (19ème) ainsi qu’à Paul Bourget (13ème) et sûrement dans d’autres tiékarts parisiens, mais j’ai pas trouvé de faits divers s’y rapportant.
Je ne prends pas en compte les émeutes de 2023, ni les émeutes de la Gare du Nord, je parle vraiment des émeutes au quotidien dans les quartiers sensibles de la capitale.
Pour en savoir plus sur l’émeute de 1955 à la Goutte d’or :
https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2012-5-page-98.htm
https://lmsi.net/Emeute-a-Barbes-en-1955
Quelques faits divers sur les émeutes dans le 75 :
Barbès / Goutte d’or (18ème)
https://www.leparisien.fr/archives/violences-a-la-goutte-d-or-08-03-2005-2005761810.php
Paul Bourget (13ème)
Grange aux Belles (10ème)
https://www.leparisien.fr/paris-75/le-controle-de-police-tourne-a-l-emeute-11-07-2001-2002292208.php
La Banane (20ème)
https://www.20minutes.fr/paris/169644-20070710-mort-lamine-embrase-toujours-20e
Riquet (19ème)
Danube (19ème)

La Banane (20ème)
Guet-apens contre la Police / GPIS dans le 75 :
ZAC Montsouris (14ème)
Porte de Saint-Ouen (17ème)
Barbès / Goutte d’or (18ème)
https://www.leparisien.fr/paris-75/paris-des-crs-agresses-dans-un-square-05-10-2012-2206791.php
Clignancourt (18ème)
Cambrai / RDN (19ème)
Place des Fêtes (19ème)
https://actu17.fr/faits-divers/paris-le-tournage-du-clip-de-rap-degenere-les-policiers-agresses.html
Riquet (19ème)
La Banane (20ème)
Saint-Blaise (20ème)
https://www.leparisien.fr/paris-75/rixe-a-saint-blaise-un-policier-blesse-05-02-2013-2539683.php
Paganini (20ème)
Les cités d’Ile-de-France les plus souvent touchées par les violences urbaines
(classement par ordre alphabétique et par département)
Dans le 75
Paris 10ème : Grange aux Belles, La Chapelle
Paris 11ème : Belleville (L’Orillon)
Paris 12ème : La Passerelle, Les Arcades
Paris 13ème : Les Olympiades, Paul Bourget
Paris 14ème : Moulin De La Vierge, Porte d’Orléans, Porte De Vanves
Paris 15ème : Cité Modigliani, Falguière, Les Périchaux / Porte Brancion, RD4
Paris 16ème : Porte De Saint-Cloud (183 Murat)
Paris 17ème : Porte De Saint-Ouen
Paris 18ème : Barbès / Goutte D’Or, La Chapelle, Marx Dormoy, Porte De La Chapelle
Paris 19ème : Belleville (Rébeval), Cambrai, Danube, Ourcq, Place Des Fêtes, Riquet / Stalingrad
Paris 20ème : 140 Ménilmontant / Télégraphe, Belleville (Couronnes, Piat, Ramponeau), La Banane, Paganini / Les Arcades, Python / Félix Terrier, Saint-Blaise
Dans le 77
Chelles : La Grande Prairie
Dammarie Les Lys : La Plaine Du Lys
Emerainville : Le Clos d’Emery
Meaux : Beauval / Pierre Collinet
Melun : Quartier Nord De Maincy
Montereau : Zup De Surville
Dans le 78
Chanteloup-Les-Vignes : La Zac De La Noé
La Verrière : Bois De l’Etang
Les Mureaux : La Zac Du Roplat (Cinq Quartiers)
Mantes-La-Jolie : Val Fourré
Plaisir : Le Valibout
Poissy : Beauregard
Sartrouville : Les Indes
Trappes : Les Merisiers
Dans le 91
Athis-Mons : Le Noyer-Renard
Corbeil-Essonnes : Montconseil, Les Tarterêts
Courcouronnes : Le Canal
Etampes : Le Plateau De Guinette
Evry : Les Aunettes, Les Épinettes, Les Pyramides, Parc Aux Lièvres
Grigny : Grigny 2, La Grande Borne
Massy : Le Grand Ensemble
Montgéron : La Plaine De L’Oly
Ris-Orangis : Le Plateau
Sainte-Geneviève-Des-Bois : Saint-Hubert
Vigneux-Sur-Seine : La Croix-Blanche
Dans le 92
Antony : Les Baconnets
Asnières-Sur-Seine : Quartier Nord
Clichy : Sanzillon
Gennevilliers : Le Luth, Les Grésillons
Nanterre : Les Fontenelles, Pablo Picasso
Villeneuve-La-Garenne : La Caravelle
Dans le 93
Aubervilliers : La Maladrerie, Le Landy
Aulnay-Sous-Bois : Les 3000
Bobigny : L’Abreuvoir, Paul Eluard
Clichy-Sous-Bois : La Forestière, Le Chêne Pointu
Epinay-Sur-Seine : Orgemont
La Courneuve : Les 4000
Le Blanc-Mesnil : Les Tilleuls
Montfermeil : Les Bosquets
Neuilly-Sur-Marne : Les Fauvettes
Pantin : Les Courtillières
Pierrefitte : Cité Rose
Saint-Denis : Les Francs-Moisins
Sevran : Les Beaudottes, Rougemonts
Dans le 94
Champigny-Sur-Marne : Le Bois L’Abbé
Choisy-Le-Roi : Navigateurs
Créteil : Le Mont-Mesly
Orly : Aviateurs
Villejuif : Alexandre Dumas
Villiers-Sur-Marne : Les Hautes-Noues
Vitry-Sur-Seine : Robespierre, 8 Mai, Camille-Groult
Dans le 95
Argenteuil : Joliot-Curie, Orgemont, Val D’Argent
Beaumont-Sur-Oise : Boyenval
Cergy : Croix-Petit, Saint-Christophe
Garges-Lès-Gonesse : La Dame Blanche, La Muette
Gonesse : La Fauconniere, Les Marronniers
Goussainville : Les Grandes Bornes
Persan : Le Village
Pontoise : Les Hauts De Marcouville
Sarcelles : Les Lochères
Villiers-Le-Bel : La Zac
Pour la liste des tiékarts en banlieue parisienne, j’ai repris la liste d’un ancien skyblog spécialisé sur la banlieue parisienne (Banlieuidf) et j’ai actualisé en rajoutant pas mal de cités comme les Beaudottes, la Caravelle, la Croix-Blanche, Boyenval, les Hautes-Noues, Alexandre Dumas, Orgemont, Sanzillon, le Clos d’Emery, les Hauts-de-Marcouville, 8 Mai, Camille-Groult, Mont-Mesly, les Baconnets, le Noyer-Renard, la Plaine de l’Oly, Saint-Hubert, Beauregard, Valibout, le Bois de l’étang et d’autres encore, en me basant sur les faits-divers. En ce qui concerne Paris, j’ai détaillé les tieks du 75 vu que c’est la thématique de mon blog. Sur Banlieuidf, pour le 75 il y avait juste marqué « Paris – Quartier Nord » .
Classement des départements où il y a le plus d’émeutes en IDF
91
78
93
95
92
75
77
94
Classement des cités IDF qui ont fait les pires émeutes
1- Pablo Picasso à Nanterre (92)
2023 : 11 jours d’émeutes étendues dans toute la France, coût des dégradations 1 milliard d’euros, 782 policiers blessés (ou 808 selon les sources).
2- Le Grand Ensemble à Clichy-sous-Bois / Montfermeil (93)
2005 : trois semaines d’émeutes étendues dans toute la France, 126 policiers bléssés (ou 224 selon les sources), 10 000 voitures brûlées
3- La ZAC à Villiers-le-Bel (95)
2007 : 15 jours d’émeutes, principalement dans le 95, deux villes du 91 et une du 78, 119 policiers blessés.
4- Le Val Fourré à Mantes-la-Jolie (78)
Du 25 Mai au 9 Juin 1991 : une policière tuée.
En 2017 : plusieurs jours d’émeutes.
En 2019 : plusieurs jours d’émeutes à Mantes, mais aussi dans d’autres villes du 78 (Mureaux, Trappes, Sartrouville et Plaisir)
5- Les Indes à Sartrouville (78)
Mars 1991 : première émeute en banlieue parisienne, plusieurs jours d’émeutes
Juin 2018 : deux semaines d’émeutes
Avril 2020 : plusieurs jours d’émeutes
6- Barbès / Goutte d’or à Paris (75)
1955 : 1ère émeute de France
1999 : deux jours d’émeutes, 200 émeutiers
2001 : deux jours d’émeutes, 200 émeutiers
2005 : un jour d’émeutes
7- La Grande Borne à Grigny (91)
1999 : 2 jours d’émeutes
2000 : 2 jours d’émeutes
2011 : plusieurs jours d’émeutes, 2 CRS brûlés
2016 : affaire des policiers brûlés
8- Val d’Argent à Argenteuil (95)
2020 : une dizaine de jours d’émeutes
9- Francs-Moisins à Saint-Denis (93)
1998 : 8 jours d’émeutes
2017 : un jour d’émeutes
10- Boyenval à Beaumont-sur-Oise (95)
2016 : 5 jours d’émeutes
11- Les Tarterêts à Corbeil-Essonnes (91)
2021 : 5 jours d’émeutes
12- La Caravelle à Villeneuve-la-Garenne (92)
2013 : un jour d’émeutes
2018 : 5 jours d’émeutes
13- Gare du Nord à Paris (75)
27 Mars 2007 : plus de 300 émeutiers
14- Les 3000 à Aulnay-sous-Bois (93)
2017 : émeutes suite à l’affaire Théo, plusieurs villes du 93 sont touchées (Aulnay, Bobigny, Tremblay-en-France, Le Blanc-Mesnil, Stains, Neuilly-sur-Marne)
15- Robespierre à Vitry-sur-Seine (94)
2001 : quatre jours d’émeutes
16- Les Merisiers à Trappes (78)
2013 : trois jours d’émeutes, plus de 200 émeutiers
17- La Noé à Chanteloup-les-Vignes (78)
2014 : un jour d’émeutes
2019 : plusieurs jours d’émeutes
18- Le Grand Ensemble à Massy (91)
2012 : un jour d’émeutes
2017 : 3 jours d’émeutes
19- Pierre-Collinet à Meaux (77)
2000 : plusieurs jours d’émeutes
2007 : un jour d’émeutes
20- Valibout à Plaisir (78)
2019 : 3 jours d’émeutes
2022 : un jour d’émeutes
21- La Croix-Blanche à Vigneux-sur-Seine (91)
Septembre 2017 : trois jours d’émeutes
22- Les Fontenelles à Nanterre (92)
1995 : trois jours d’émeutes
23- Danube à Paris (75)
2020 : trois jours d’émeutes
24- La Plaine-du-Lys à Dammarie-lès-Lys (77)
1997 : plusieurs jours d’émeutes
25- Le Clos d’Emery à Emerainville (77)
2000 : un jour d’émeutes
2007 : 2 jours d’émeutes
26- Schweitzer-Laennec à Chelles (77)
1994 : deux jours d’émeutes
27- Les Beaudottes à Sevran (93)
2022 : 2 jours d’émeutes
28- Paul Bourget à Paris (75)
2014 : deux jours d’émeutes
29- Grigny 2 à Grigny (91)
2016 : 2 jours d’émeutes
30- Freycinet à Asnières-sur-Seine (92)
2017 : 2 jours d’émeutes
Bilan des 3 plus grosses émeutes de France
2005 – Clichy-sous-Bois / Montfermeil (93)
3 semaines d’émeutes, 126 policiers bléssés (ou 224 selon les sources), 10 000 voitures brûlées
91 Essonne : 27 villes touchées
93 Seine-Saint-Denis : 23 villes touchées
95 Val d’Oise : 17 villes touchées
77 Seine et Marne : 10 villes touchées
78 Yvelines : 7 villes touchées
Les violences se propagent ensuite dans toute la france.
2007 – Villiers-Le-Bel (95)
15 jours d’émeutes, 119 policiers blessés
Les émeutes de 2007 à Villiers-le-Bel désignent les violences urbaines survenues dans cette commune du Val-d’Oise, et propagées aux communes de Sarcelles et Garge-lès-Gonesse, entre le 25 novembre et le 9 décembre 2007, consécutivement à la mort de deux adolescents montés sur une moto-cross, entrés en collision avec un véhicule de la Police nationale. La particularité de ces émeutes se traduit par l’utilisation, au cours d’embuscades violentes et planifiées, de projectiles incendiaires et d’armes à feu contre les unités de police constituées chargées de ramener l’ordre. Sur le seul périmètre du Val d’Oise, les Ministères de l’Intérieur et de la Justice faisaient état de 119 policiers blessés, dont 81 par des tirs de chevrotine, et parmi lesquels 5 l’étaient plus grièvement par des projectiles de plus gros calibre.
95 Val d’Oise : 8 villes touchées (Villiers-Le-Bel, Garges-Lès-Gonesse, Arnouville, Ermont, Sarcelles, Gonesse, Goussainville, Cergy)
91 Essonne : 2 villes touchées (Grigny, Longjumeau)
78 Yvelines : 1 ville touchée (Les Mureaux)
2023 – Nanterre (92)
11 jours d’émeutes, coût des dégradations 1 milliard d’euros, 782 policiers blessés (ou 808 selon les sources).
Du 28 juin au 5 juillet 2023, le pays traverse plusieurs nuits d’émeutes urbaines. Un déferlement de violence, qui dépasse alors largement les émeutes de 2005. L’étincelle est la mort du jeune Nahel Merzouk, 17 ans, tué à bout portant par un policier, qui avait évoqué un refus d’obtempérer avant qu’une vidéo ne démente sa version.
Sur le bilan chiffré, clairement, « l’ampleur du phénomène est sans commune mesure avec les événements de 2005 », qui sont largement « dépassés », avec des chiffres impressionnants, relève le rapport : 672 communes concernées – soit deux fois plus qu’en 2005 – situées dans 95 départements, une estimation des dommages à près d’un milliard d’euros, avec 793 millions d’euros comptabilisés par les assureurs pour l’indemnisation, 2.508 bâtiments incendiés ou dégradés, dont 273 bâtiments des forces de l’ordre touchés, 105 mairies, 243 établissements scolaires. Plus de mille commerces ont été dégradés, dont 366 agences bancaires, sans oublier 12.031 véhicules incendiés.
Côté humain, on estime à 50.000 le nombre d’émeutiers, avec 45.000 forces de l’ordre mobilisées. 4.282 individus ont été placés en garde à vue. 1.000 personnes ont été blessées, dont 782 parmi les forces de l’ordre. On compte 2 décès.
Dix-huit ans après celles de 2005, la France a été touchée fin juin-début juillet 2023 par une vague d’émeutes qui a frappé les esprits à la fois par l’élément déclencheur, l’intensité des violences et des dégradations, et le nombre de villes concernées.
Le rôle décisif des réseaux sociaux en 2023
L’élément déclencheur semble identique dans les deux cas : la mort de très jeunes garçons impliquant la police (Zyed Benna et Bouna Traoré, respectivement 17 et 15 ans, électrocutés alors qu’ils sont poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois en 2005 ; Nahel Merzouk, également 17 ans, tué d’une balle dans le thorax après un refus d’obtempérer à Nanterre en 2023) ; mais les circonstances précises diffèrent profondément.
Dans le premier cas, l’intention de donner la mort n’est pas prouvée, les jeunes s’électrocutent en cherchant à échapper à la police. Dans le second cas, l’un des deux policiers met en joue le jeune conducteur du véhicule et le tue d’une balle dans le thorax. La scène est filmée et immédiatement diffusée sur les réseaux sociaux dont la plupart n’existaient pas en 2005. Elle vient surtout contredire la première version officielle de la police. L’émotion est profonde et le parallèle avec la mort de G. Floyd aux États-Unis quelques mois auparavant s’impose. C’est l’impunité de la police qui est dénoncée, mais aussi un acte perçu comme raciste.
Le rôle des réseaux sociaux ne se limite pas à la diffusion de cette vidéo. Il apparaît crucial à la fois du point de vue de l’organisation des rassemblements, des affrontements avec la police, du repérage des cibles de dégradation, de destruction et de pillage, mais aussi pour le ravitaillement en mortiers.
Ils constituent également le support par excellence de la mise en scène des émeutes et de leur diffusion à une large échelle. Des images d’affrontements violents avec la police, d’incendies de biens publics et privés, de voitures, de poubelles, inondent les réseaux sociaux, et participent d’une colère collective et d’une surenchère dans l’intensité des affrontements et des dégradations. On pourrait même parler d’esthétisation des violences urbaines, à travers des images où apparaissent des silhouettes de policiers lourdement équipés face à des jeunes cagoulés, avec en arrière-plan des incendies et des tirs de mortiers qui viennent éclairer des paysages urbains typiques des grands ensembles. Il s’en dégage une scénographie « numérique » constitutive de l’émeute, qui l’entretient et l’amplifie.
Des émeutes plus courtes mais plus violentes en 2023
Concentrée sur une semaine en 2023, l’intensité des dégradations et de l’intervention des forces de l’ordre lors des émeutes de l’été dernier a été beaucoup plus forte que celle des trois semaines de 2005 (Tableau 1). Le nombre des dégradations de bâtiments publics et privés est sans commune mesure, tout comme la mobilisation des forces de l’ordre et la violence des affrontements (4 fois plus de policiers blessés sur une période divisée par 3).

Tableau 1 dégradations et incidents associés aux émeutes de 2005 et 2023
Sources :
Centre d’Analyse stratégique, « Les violences urbaines de l’automne 2005. Événements, acteurs, dynamiques et interactions, 2007.
Rapport de l’IDJ et l’IGA, Mission d’analyse des profils et motivations des délinquants interpellés à l’occasion de l’épisode de violences urbaines, août 2023.
L’Obs : https://www.nouvelobs.com/societe/20061026.OBS7047/le-bilan-des-emeutes-de-2005.html
Rapport du Sénat sur le projet de loi relatif à l’accélération de la reconstruction des bâtiments dégradés ou démolis au cours des violences urbaines. Session extraordinaire de 2022-2023.
France Assureurs : https://www.franceassureurs.fr/espace-presse/les-communiques-de-presse/cout-sinistres-declares-violences-urbains-fin-juin-reevalue-730millions-euros/
Si l’intensité des émeutes est nettement plus forte en 2023, on constate en revanche une même temporalité de diffusion socio-territoriale. Dans les deux cas, les émeutes se concentrent dans un premier temps dans la banlieue parisienne, se diffuse ensuite rapidement dans les banlieues des autres métropoles, puis concernent des villes moyennes, voire de plus petite taille. En 2005, les émeutes commencent en Seine-Saint-Denis, avant de s’étendre en Île-de-France et dans les banlieues d’autres grandes métropoles durant la première semaine. C’est au cours de la deuxième semaine qu’elles se diffusent dans des villes de province de plus petite taille.
Comme en 2005, la métropole parisienne a été particulièrement touchée par les émeutes en 2023, tant du point de vue du nombre de communes concernées (39%) que de leur intensité. Les affrontements et les dégradations se sont cependant principalement concentrés durant les trois premiers jours, avec une forte concentration dans la première couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne) où plus de la moitié des communes (67%) ont été touchées.
La quasi-totalité des communes franciliennes qui ont connu des émeutes en 2005 en ont également connu en 2023 ; et plus de la moitié (57%) de celles touchées par les émeutes en 2023 avaient également connu des émeutes en 2005.



La Seine-Saint-Denis apparaît clairement comme le territoire le plus concerné (carte 3), puisque la grande majorité des communes de ce département (73%) ont été touchées aux deux dates, alors que cela concerne seulement 34% des communes dans les Hauts-de Seine et 45% dans le Val-de-Marne. Dans ce dernier département, c’est surtout la partie Est qui est la plus touchée.
Dans la deuxième couronne, on retrouve les communes accueillant des grands quartiers d’habitat social, telles que Mantes-La-Jolie, Les Mureaux ou Trappes dans les Yvelines, ou encore les communes plus populaires du Nord de l’Essonne.
39 % des villes d’Île-de-France ont connu une émeute, mais, contrôlées par toute une série de variables socio-urbaines et scolaires, celles qui ont une école très défavorisée ou un QPV, ont une probabilité beaucoup plus forte d’être touchées que celles n’ayant pas d’école très défavorisée ni de QPV (respectivement 63% et 79% dans le premier cas, 37% et 30% dans le second cas).
Les villes avec un QPV ont 15 fois plus de chance de connaître une émeute plutôt que de ne pas en connaître par rapport à celles n’en ayant pas, et 5 fois plus pour celles ayant une école très défavorisée.

Tableau 2 : Communes, émeutes et politique de la ville
Sources : *Données 2005 : Rapport Centre d’Analyse Stratégique – Cazelles., C., Morel, B. & Roché, S. (2007) / Données 2023 : Base « Émeute 2023 » des auteurs.
La suroccupation des logements est également un facteur très important en Île-de-France : dans les communes où le taux est le plus élevé (supérieur à 12,75 %), les chances de connaître une émeute sont multipliées par 5 par rapport aux autres.
Source : Maela Guillaume-Le Gall & Marco Oberti (laviedesidees.fr)
PS : cet article est un remix amélioré et actualisé de celui du skyblog banlieuidf
oublie pas que les 3000 et les mureaux en 2005 c’était les pires zone des émeutes hein
Montfermeil c’était la base de 2005 mais au 3000 er mureaux c’était plus intensif
Grigny la grande borne centre de formation des émeutes, 2016 ils ont fait un truc de fou là-bas brûler des condé ..
mantes la jolie trappes et sartrouville avec mureaux + chanteloup c’est quotidien là-bas
Corbeil Tarterêts un secteur où c’était le plus compliquer pr la police de faire la lois niveau émeute
après partout en banlieu y’a des rébellion mais ces secteurs là ont fait des truc de fou vraiment
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Je sais frérot, mais là je compte pas les quartiers qui ont été les pires en 2005 et 2023. J’ai mis les instigateurs de ces émeutes mais c’est tout.
Sinon après mon classement il est factuel. Y a l’année de chaque émeute, le nombre de jours, les faits marquants… C’est basé uniquement sur les faits divers. J’ai mis les condés brûlés à la GB (en 2011 et 2016) et même la condé tué au VF. J’ai monté la GB parce que j’avoue que je les avais mis un peu trop bas.
Pour les Mureaux, ils bougent de ouf quand y a des grosses émeutes type 2005 et même en 2007 émeutes de la ZAC (95), c’est la seule ville du 78 où y a eu des violences urbaines. Donc je sais qu’ils sont là, mais au quotidien, j’ai aucune trace, aucun fait divers concernant une grosse émeute aux Mureaux.
Je sais pas sur quoi tu te bases pour ton classement mais moi y a tous les chiffres frérot. Tout est indiqué, c’est du concret. Et c’est pas un classement de ceux qui bougent le plus durant les émeutes, c’est un « classement des cités IDF qui ont fait les pires émeutes ».
Par exemple Boyenval ils ont fait du sale pendant 5 jours, c’était vraiment une grosse émeute. Après la ZAC (95) c’est la 3ème pire émeute juste après 2023 et 2005. Voilà j’ai pris en compte les pires émeutes, le nombre d’émeutes de chaque tiekarts, ceux qui ont fait les premières émeutes (Barbès 1ère en France, Les Indes 1ère en banlieue IDF), ceux qui ont fait du sale aux condés (VF et GB)…
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gros t’es fou sur ton classement émeute top 10
1 NANTERRE PABLO
2 MONTFERMEIL BOSQUETS
3 GRIGNY LA GRANDE BORNE
4 MANTES LA JOLIE VAL FOURRÉ
5 AULNAY SOUS BOIS 3000
6 CORBEIL ESSONNE TARTERÊTS
7 SARTROUVILLE CITÉ DES INDES
8 VILLIERS LE BEL ZAC
9 TRAPPES MERISIERS
10 LES MUREAUX ZAC
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oe mon gars si tu devais faire un classement 75 des tiekarts les plus « émeutiers », sa serait comment ?
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Besbar tout en haut et de loin.
Après je sais pas. Peut-être Cambrai en 2ème.
Ensuite ça se bataille entre Paul Bourget, Danube, PDF, Riquet, la Banane, Olympiades, Porte de Vanves, Falguière, Arcades / Paga, PSO, Saint-Blaise… Tous ces tiekarts ça se vaut plus ou moins en violences urbaines. Après ça dépend aussi des périodes, avant on aurait pu y inclure la GAB.
Durant les émeutes de 2023 ceux qui ont fait le plus de dégâts c’est PDF et les tieks des Portes du 20 (Arcades, Paga, Saint-Blaise, Python…). Bizarrement à Danube c’était calme.
Mais en vrai au quotidien y a que Besbar qui a la mentale des émeutes comme dans le 91.
Mon top 3 :
1- Barbès / Goutte d’or (18ème)
2- Cambrai (19ème)
3- Riquet (19ème) ou Danube (19ème)
Et toi ça serait comment ?
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j’tavoue que j’tai posé la question mais trop dure a répondre😂😂😂 mais par contre le même top 3 sa c’est sur et j’avais globalement les même quartier en tête que t’a cité. Mais en faite un classement sa serait jouer sur des détails vu que ces quartiers je l’ai mettrais tous a peu près au mm niveau..
c’est vrai que dans le 20 c’était vraiment chaud… Après ils s’étaient tous rejoins pour tt bz aussi
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Mdrrrr c’est clair c’est pas évident de départager certains quartiers, en vrai ça se vaut plus ou moins, ça va dépendre des périodes.
Bon au moins on est d’accord sur le top 3 c’est déjà ça 🤣🤣
Ouais c’était chaud dans le 20, tous rassemblés pour tout baiser. Ils ont vraiment fait du sale là-bas.
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